Garder des preuves avant de signaler un faux compte au nom de son patron
Un faux profil ou une publicité truquée au visage du patron peut être retiré si la PME constitue son dossier avant d’agir et choisit le bon formulaire.
En bref
- Le formulaire d’usurpation d’identité est jugé plus efficace qu’un signalement classique.
- Conserver URL, captures datées et messages des clients avant de signaler.
- Depuis le DSA, un refus de la plateforme doit être motivé et peut être contesté.
- Un responsable désigné et une veille hebdomadaire des noms limitent les récidives.
Pour obtenir le retrait d’un faux compte ou d’une publicité truquée au visage du dirigeant, une PME doit d’abord garder des preuves, puis passer par le formulaire d’usurpation d’identité de la plateforme plutôt que par un simple signalement. C’est la démarche décrite par Journal du Net, qui en détaille aussi les recours en cas de refus.
Une fraude devenue ordinaire pour les PME
Le schéma est toujours le même : le fraudeur endosse l’identité d’une personne en qui l’on a confiance, et il s’agit de plus en plus fréquemment du dirigeant. Il s’approprie son patronyme, son portrait de profil et maintenant aussi sa voix ou son visage reproduits grâce à l’intelligence artificielle.
Le danger est double. Les clients comme les salariés tombent dans le panneau face à un compte qui leur semble connu, et pendant ce temps l’image du dirigeant se dégrade, sans qu’il soit le moins du monde responsable.
Repérer tôt le faux profil ou la fausse publicité
Bien des usurpations sont visibles avant d’avoir causé le moindre tort, pourvu que l’on prenne la peine de chercher. Trois réflexes suffisent :
- lancer à intervalles réguliers une recherche avec le nom du dirigeant et celui de l’entreprise, sur chacun des réseaux où elle est présente ;
- parcourir la bibliothèque publicitaire de Meta, qui recense l’ensemble des annonces actuellement diffusées sous le nom de l’entreprise ou du dirigeant ;
- inviter les collaborateurs à signaler sans attendre chaque message louche prétendant venir « de la part du patron ».
Chaque jour gagné est précieux : un faux compte détecté alors qu’il compte 50 abonnés est supprimé beaucoup plus rapidement qu’un autre qui en rassemble déjà 5 000.
Réunir les preuves, puis choisir le bon formulaire
On a souvent tendance à cliquer d’abord sur signaler, mais le compte s’efface alors en emportant ses traces. Il vaut mieux procéder dans un ordre précis.
- Garder l’adresse URL exacte de chaque compte, des copies d’écran portant la date et les messages que les clients ont reçus. Ces pièces serviront pour le signalement, pour la plainte et, le cas échéant, auprès de l’assureur.
- Passer par le formulaire dédié à l’usurpation d’identité, que les plateformes séparent du signalement ordinaire et dont on dit qu’il est plus efficace. C’est le représentant légitime de la marque qui le complète, en joignant l’adresse du véritable compte ainsi que celle du faux.
- Lorsque la marque a fait l’objet d’un dépôt, tenter le formulaire relatif à la propriété intellectuelle, qui est fréquemment plus rapide encore.
Une démarche détaillée et rigoureuse réussit nettement plus souvent qu’un clic isolé sur « signaler ». Les plateformes ne s’engagent sur aucune durée de traitement.
Que faire si la plateforme refuse ou tarde
| Recours | Ce qu’il apporte |
|---|---|
| Règlement européen sur les services numériques (DSA) | Les plateformes ont l’obligation d’offrir un dispositif permettant de dénoncer les contenus illégaux, d’examiner ces dénonciations avec soin et d’expliquer leurs décisions. |
| Contestation | On commence par la procédure de réclamation propre à la plateforme, puis on peut saisir un organisme agréé de règlement extrajudiciaire des litiges. |
| Plainte pénale | Prendre en ligne l’identité d’autrui afin de nuire à sa tranquillité ou de porter atteinte à son honneur constitue un délit, prévu par l’article 226-4-1 du Code pénal. Déposer plainte ne hâte pas toujours la fermeture du compte, mais cela établit les faits et met l’entreprise à l’abri si des clients ont été victimes d’une escroquerie. |
| Cybermalveillance.gouv.fr et Pharos | Le premier oriente les entreprises victimes, le second reçoit les signalements de contenus illicites. |
Un refus n’est donc plus une impasse : c’est une étape, assortie de motifs écrits que l’on peut contester.
Prévenir et s’organiser dans la durée
Un bref message diffusé via les canaux officiels désarme l’escroc d’avance, par exemple : « Un faux compte circule au nom de notre dirigeant. Nous ne demandons jamais de paiement ni de code par message. » Prévenir rapidement empêche les clients d’y voir un manque de vigilance de l’entreprise.
Il est rare que l’usurpation ne se produise qu’une fois. Les PME les mieux armées nomment un référent, conservent à portée de main les formulaires des plateformes et contrôlent chaque semaine les noms de l’entreprise, de ses dirigeants et de ses porte-parole.
Photo : Andrea Piacquadio / Pexels
