52 entretiens de l’Apec sur la reconversion vers le numérique et ses premières années
Formation dense, offre illisible, premier poste parfois moins payé que l’ancien : 52 entretiens menés par l’Apec nuancent l’image d’un secteur ouvert à tous.
En bref
- L’Apec a mené 52 entretiens avec l’Opco Atlas et Viavoice entre février et mai 2026.
- Un peu plus de 60 000 recrutements de cadres sont attendus en 2026 dans l’informatique et les télécoms.
- Le coût des formations est jugé élevé et l’offre difficile à comparer.
- Les profils plus âgés repartent souvent comme juniors après leur reconversion.
Changer de voie pour le numérique débouche le plus souvent sur un emploi, mais pas sur l’eldorado que beaucoup imaginent. Selon une étude qualitative de l’Apec relayée par le Blog du Modérateur, les cadres qui bifurquent vers le développement, la cybersécurité, les réseaux ou la data affrontent un apprentissage intense, une prise de poste éprouvante et des doutes nouveaux liés à l’intelligence artificielle.
D’où vient l’image d’un secteur ouvert à tous
Le travail a été conduit par l’Apec avec l’Opco Atlas et la société Viavoice. Chaque entretien a duré au moins une heure. Ont été interrogés 32 cadres reconvertis, 8 non-cadres passés cadres, 8 managers encadrant des reconvertis et 4 organismes de formation spécialisés. Les personnes ayant changé de métier avaient toutes au moins cinq années d’expérience derrière elles.
Pour l’Apec, l’attrait de l’informatique se nourrit des contenus médiatiques, des innovations grand public et du mythe de la Silicon Valley, synonyme d’un univers jeune, agile, en rupture avec l’économie classique. Les candidats y voient des métiers en croissance, en manque de bras, bien payés et offrant des perspectives d’évolution. Ceux qui n’étaient pas cadres ajoutent l’attrait du travail à distance. Enfin, la communication des formations de moins d’un an suffit à rassurer une partie d’entre eux.
Le contexte en chiffres
| Indicateur | Valeur | Période et source |
|---|---|---|
| Actifs ayant changé de métier en France | 5,3 % | 2023, Insee |
| Entrées dans les métiers du numérique | 70 000 personnes, dont 43 % via la formation continue et 57 % après la formation initiale | 2022, Institut Montaigne (2023) |
| Recrutements de cadres attendus en informatique et télécoms | un peu plus de 60 000, en hausse de 5 % | 2026, prévisions Apec |
Ce faible poids des femmes explique qu’une minorité des personnes interrogées appréhende un environnement très masculin.
La formation, un passage obligé et coûteux
Aux yeux des recruteurs, le cursus suivi fait office de signal. Tous les formats sont jugés exigeants : l’université paraît théorique et lourde en charge de travail, quand le bootcamp concentre énormément de notions en peu de temps. L’apprentissage ne s’arrête d’ailleurs pas au diplôme et continue en autoformation une fois en poste.
Choisir est déjà une épreuve. Le rapport qualifie l’offre de « jungle » : niveaux, certifications et réputation des organismes se comparent mal. Le prix est jugé élevé. Pour le couvrir, les reconvertis combinent plusieurs leviers :
- le compte personnel de formation (CPF) ;
- les aides régionales ;
- Transitions Pro ;
- France Travail ;
- leurs économies personnelles.
Certains redoutent aussi la technicité des métiers, surtout en data et en IA, au point de ressentir un syndrome de l’imposteur. L’IA ajoute des compétences à acquérir et fait peser, selon les personnes interrogées, des menaces sur les emplois du secteur.
Du premier poste aux premiers mois
La recherche d’emploi aboutit dans la majorité des cas, et plus rapidement dans les spécialités en forte pénurie comme la sécurité du cloud, l’apprentissage automatique ou l’ingénierie des données. L’accès au premier poste dépend toutefois de trois critères : le diplôme, examiné pour les postes techniques, la qualité des stages ou de l’alternance, et l’âge. Les profils les plus expérimentés se retrouvent ainsi en position de junior, avec parfois un salaire inférieur à celui de leur emploi précédent.
Une fois embauchés, beaucoup mesurent un décalage entre ce qu’ils ont appris et ce que le poste exige. Ils doivent prouver leur valeur vite, en se formant souvent sur leur temps libre, dans une période décrite comme stressante. Les grandes entreprises, mieux structurées, proposent en revanche un parcours d’intégration et un suivi formalisé.
Photo : Daniil Komov / Pexels
